"L'auteur s'est inspiré de la vie de Marguerite Japy, la Pompadour de la IIIe République : mariée de force à un peintre âgé (et homosexuel), elle rencontre le président Félix Faure, qui, on le sait, mourra dans ses bras... Plus tard, inculpée du meurtre de sa mère et de son mari, Marguerite la scandaleuse fera de la prison avant d'épouser un lord richissime (qui a le bon goût de mourir dans les plus brefs délais). Promue baronne, Marguerite médite sur ses deux passions : les hommes et l'argent. Fardée comme une créature de Léonor Fini, Marilu Marini extrait tous les sucs de ce monologue suave et joyeusement cynique. Ne ratez pas cela : c'est un pur régal."

Frédéric Ferney- Le Point - 15 février 02

"... On se demandait comment cette escouade d'artistes allait se tirer des chausse-trapes de la pièce de Christian Siméon, l'un des plus indiscutables monologues écrits récemment. Car celui-ci entremêle le récit, à la première personne, de l'existence erratique de Marguerite Steinheil et une incroyable recette d'écrevisses au beurre rouge qui étaient, de prime abord, périlleux à dire, à mettre en scène de front. Jean-Michel Ribes et Marilu Marini se sont vite rendu compte du caractère métaphorique de la partie culinaire de la pièce, de sa charge émotionnelle et humoristique, cette faŤon, souvent hilarante et cruelle, d'accommoder les restes de misérables vies d'hommes. Un humour qui traverse toutes les réminiscences de la vie de Marguerite, femme littéralement fatale. A femme exceptionnelle, actrice exceptionnelle. Priape et ses fêtes savoureuses n'ont pas de secret pour Marilu Marini. Impériale plus qu'aristocratique dans ce rôle que Marlene Dietrich aurait, à n'en pas douter, aimer jouer, elle règne avec maestria. Violence, passion, cocasserie, cruauté, outrage, perversité et, par-dessus tout, une présence dévastatrice : tous les coups du théâtre. "

Olivier Schmitt- Le Monde - 23 février 02

"...Marilu Marini se souvient d'avoir d'abord lu la pièce en juillet 1999 dans le cadre de Texte nu, manifestation annuelle organisée par la Société des auteurs au Festival d'Avignon. "L'accueil a été chaleureux. Le public a adhéré au style de Siméon, son écriture entre mots mordants et formules bouffonnes." Sa reprise enchante Marilu Marini. "L'auteur imagine cette femme dans sa cuisine, à l'automne de ses jours. Ë travers la manipulation des aliments, elle raconte sa vie, principalement ses rapports avec les hommes. Elle a du culot, de l'insolence, un humour froid, distant. Elle a du cran. C'est une extravagante élégante"..."

Marion Thébaud - Le Figaro - 4 février 02

"...La demi-mondaine nous fait mijoter comme les écrevisses "à la présidente" qu'elle prépare. Et il n'y a pas qu'aux crustacés qu'elle a fait perdre la tête Cuisinée en tant que "Sarah Bernhard des assises", elle garde sa part de mystère, pleine de frivole perversité à moins que ce ne soit de la souffrance tournée en dérision. Car le personnage est sublime d'ambiguïté. "Je tutoie tout le monde, sauf mon chien. Je méprise mon chien". Autant dire que le texte est ciselé. Seule en scène, Marilu Marini rayonne d'une incandescente fraîcheur. Là où le trouble personnage rend perplexe, la comédienne remporte tous les suffrages. Armée d'une savoureuse gourmandise, elle use sans en abuser de ces masques que porte Marguerite, laquelle s'effeuille sous la lumière crue de sa conscience. Et sur le gril de la mise en scène concoctée par Jean-Michel Ribes, qui joue à feu doux la carte de l'ambigu•té. Quitte à ce qu'elle rie quand elle décrit certaines scènes obscènes. "Poème, peinture, scène ou spectacle obscène", justement : c'est ce que dit le Robert sur la "priapée". C'est vrai, le malaise n'est jamais loin - un numéro d'équilibriste qui ne rend cette formidable pièce que plus goûteuse. ..."

Yann Bernal- Yahoo ! Actualités - 15 février 02

"... On dirait un miracle, de finesse, d'élégante virtuosité. Celle dans les bras de qui mourut le président Félix Faure s'emploie donc au récit de son existence de demi-mondaine assassine, tout en distillant une recette de cuisine pour apprêter les crustacés du titre. Archiséduisante, fascinante, sophistiquée, admirable marionnette d'elle-même, Marilu Marini compose une figure inoubliable de star du crime. Experte en mensonges exquis, la figure qui se meut sous nos yeux paraît surgir des limbes de l'histoire nationale du second rayon, en cette parfaite expression franŤaise qui va du XVIIIe siècle à la Belle Epoque et des lambris au fait divers pour l'Illustration. La salacité du texte, voué à tous les plaisirs de bouche - dans l'ingénieux décor d'office de luxe dû à Patrick Dutertre, qui signe aussi le costume d'apparat de l'héroïne - est servie avec un tel raffinement de la parole et du geste qu'elle devient un régal pour l'esprit. Ils se sont sûrement amusés comme des petits fous à orchestrer cette confession fictive, tout ensemble perverse et ingénue, dont la légèreté apparente masque délicieusement l'indéniable profondeur. Bravo ! ."

Jean-Pierre Leordardini- L'Humanité - 11 février 02