Notes de mise en scène

L'Androcée n'est pas une pièce sur l'holocauste, même s'il y est longuement évoqué. Il s'agit du récit de destinées dont certaines ont croisé l'Histoire à une époque où elle fut aussi dure que du métal.
Deux de ces destinées y furent marquées à jamais.
Jean dans sa chair, et il en porte encore la morsure.
Anicroule, dans son esprit, l'ayant reçu en héritage.

L'évocation qu'ils feront de l'holocauste n'est pas un récit, ce n'est pas une anecdote, une histoire que l'on peut raconter, mais plutôt un chant. L'expression de leur douleur.

Mais d'autres veulent vivre.
Camille, obsédée par sa voix éteinte.
Sucia, obsédée par son corps non désiré.

Le "lieu" de l'Androcée est la scène. Le point de rencontre fixé par le destin où ces vies ont rendez-vous depuis toujours. C'est le théâtre, ce lieu qui permet de mettre en ordre la folie du monde.
L'Androcée parle de la perversité des passions. Passions de l'ordre qui mène au chaos, à l'holocauste. La passion du chant qui mène au silence.

Ce n'est pas un réquisitoire sur le bien et le mal. C'est une pièce sur le sentiment de culpabilité, c'est à dire sur nous tous.

L'Androcée n'est pas une pièce. C'est un livret. Une partition à quatre voix. A la mise en scène d'en révéler la musique, c'est-à-dire le rythme et la tonalité. L'Androcée puise en effet dans l'opéra, à la fois sa forme et son sujet.
Il y a dans ce poème théâtral une influence directe entre le propos et le style d'interprétation.
Cela indique la matière la plus importante sur laquelle le metteur en scène aura à travailler : les acteurs.
Bien sûr, il y a à montrer, mais plus important, à faire entendre.
Dans ce registre de jeux, il s'agit de travailler avec le comédien sur l'interprétation d'une partition, plus que sur l'incarnation d'un personnage.
Laissons l'incarnation aux dieux. Un homme ne sera jamais "autre". Il composera avec ce qu'il est. Nous ne sommes pas là dans un travail psychologique ou psychanalytique, mais plus simplement dans une démarche artistique.
Laissons le naturalisme à la nature et le réalisme au monde réel.

La seule sincérité à préserver est cette démarche artistique. Le but étant de le faire partager. Faire partager le tourment de ces personnages et donner envie aux spectateurs de les accompagner dans leur voyage en créant entre eux un lien affectif irraisonné."

Jean Macqueron